Un vendredi douloureux pour les migrants parisiens – Paris, 5 juin 2015

Migrants Paris (5)

17h30. Je reçois un appel : «L’encerclement des migrants de la Chapelle vient de recommencer, les CRS sont nombreux et ils sont violents envers les migrants ».

J’y arrive moins d’une heure après. Un peu partout sur place, des cars de CRS et de gendarmes. Les migrants, accompagnés de quelques personnes qui sont venues les soutenir, sont maintenus près de la station de métro aérien dans un étroit passage. Cette situation semble agacer les passants qui ont du mal à se frayer un chemin. Un des accès de la station de métro a été fermé à la hâte par la RATP sureté. Ils ont cadenassé la grille, de peur, sans doute, que les migrants s’échappent par le métro. Après deux heures, les CRS ordonnent alors aux migrants et aux manifestants de se disperser. Ils sont venus déloger les occupants du Square de la Chapelle et les chassent vers un autre point. Un point inconnu…

Le cortège décide alors de progresser en direction de Marx Dormoy. Je vais apprendre plus tard qu’à ce moment, un usager du métro, scandalisé par les violences policières sur les migrants ayant accepté de partir dans le métro avec des CRS, a tiré l’alarme.

Marchant vers Marx Dormoy, maintenu sur le trottoir par un cordon de CRS, personne ne sait où il va car personne n’a de solution. Au hasard des rues, nous arrivons place Nathalie Sarraute, devant le Gymnase Micheline Ostermeyer. Très vite une vingtaine de migrants courent à l’intérieur pour y trouver un refuge éphémère, se reposer quelques minutes. L’accès est immédiatement fermé par les CRS, il y a donc une vingtaine de migrants et quelques soutiens à l’intérieur du gymnase, des CRS qui bloquent l’accès et l’autre partie du groupe, devant le gymnase.

Je suis dans le gymnase avec eux et une photographe. Nous craignons le pire.

Environ quinze minutes plus tard, un gradé de la police explique : «C’est simple. Soit vous sortez, soit on vous sort, mais de toute façon vous aller sortir ! » Devant la non réponse des migrants et de leurs soutiens, les gendarmes les soulèvent un à un pour les mener à la sortie. Souvent tirés par les jambes ou trainés au sol, un des migrants nous a fait part de vives douleurs au poignet et un autre a du être ausculté par les pompiers suite à un malaise.

Apres cette évacuation, les migrants sont à bout de force et restent devant le gymnase. La place Nathalie Sarraute est sous contrôle policier. Les migrants y ont installé un campement de fortune pour la nuit.

Plus tard dans la soirée, métro Jaurès, je tombe par hasard sur une manifestation d’une cinquantaine de migrants afghans. La police, présente, leur demande de rester sur le terre plein du boulevard et les empêche de faire une manifestation.

Ils veulent alerter sur leur situation, venus en France depuis plusieurs années pour trouver un asile politique, ils sont très nombreux à vivre à la rue car les foyers d’hébergement sont saturés.

Sayd Ali, le chef du groupe m’explique que lorsqu’ils dorment dans un square, sur le trottoirs ou autres, la police les déloge, et quand ils cherchent un hébergement il n’y a rien. Ils sont nombreux à posséder plusieurs téléphones prépayés car c’est plus simple pour eux de trouver un téléphone pas cher que de charger en électricité et en crédit ces téléphones qui leur servent à appeler le 115 … souvent en vain.

Ces gens là, imaginaient la France comme « le Pays des droits de l’Homme » mais ils ignoraient que la fin inconnue de cette formule était «  pour les français seulement … et encore ! »

 

Reportage :Nnoman / Collectif OEIL

Photos : Nnoman / Collectif OEIL

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